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L'université enquête... (2/2)

Publié le 19 Octobre 2011 par Club vosgien Colmar in Dans la presse et sur la toile

 

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Pour faire suite à l'article publié le mercredi 6 avril, vous trouverez ci-dessous un document sur le même sujet, paru dans l'Alsace du 3 mars 2011. Un sujet à prendre en compte à quelques semaines de la saison propice...



 

Vosges : Les avalanches, une réalité à prendre au sérieux

 

2009-01-25 - club vosgien sortie raquettesPeu spectaculaires, les avalanches sont fréquentes dans le massif vosgien et peuvent s’avérer dangereuses.  Étudiante en histoire à l’UHA, Florie Giacona y consacre sa thèse de doctorat.

 

« Quand je parle de mon sujet de thèse, beaucoup rient », confie Florie Giacona, qui achève son doctorat au Cresat (Centre de recherches sur les économies, les sociétés, les arts et les techniques) de l’Université de Haute-Alsace (UHA), à Mulhouse. Lorsque l’historienne Marie-Claire Vitoux et le géographe Brice Martin, tous deux maîtres de conférence à l’UHA, lui ont proposé, dès son mémoire de maîtrise, de s’intéresser à l’histoire des avalanches dans les Vosges, cette Uffholtzoise de 25 ans avoue elle-même qu’il lui paraissait alors « un peu farfelu de travailler là-dessus ».


Pourtant, montrer qu’il se produit des avalanches dans un massif de moyenne montagne comme celui qui nous fait face est une problématique en soi, peu étudiée jusqu’ici. Florie Giacona cite les articles « pionniers » de Pierre-Marie David, ancien gardien de chalet et nivologue amateur, qui collabore avec Météo France ; du maire de Mittlach, Antoine Boithiot ; ou encore de l’ancien conservateur de la bibliothèque de Colmar, Francis Gueth. Il a donc d’abord fallu établir une chronologie des « événements », en utilisant des sources écrites (ses recherches remontent au XVIIIe siècle) et orales (pour la période contemporaine). Florie Giacona a notamment sollicité les ski-clubs et les clubs alpins, afin que leurs membres lui fassent « remonter » leurs observations sur le terrain. « Des accompagnateurs de moyenne montagne jouent le jeu, des pratiquants de sports d’hiver également. » Elle-même monte dans le massif dès que possible, en raquettes ou à skis de fond.


Résultat : 360 avalanches recensées depuis la fin du XVIIIe siècle, avec évidemment un plus grand nombre pour la période récente, les sources anciennes ne mentionnant que les plus importantes. Comme, par exemple, celle du 15 février 1895, au Rothenbachkopf, un sommet situé cinq kilomètres au sud du Hohneck : ce jour-là, la neige parcourut plus de 1 km, provoquant d’importants dégâts forestiers en direction de Wildenstein. Idem en 1952, au même endroit, cette fois en direction de Mittlach.


Si l’impact sur la nature est parfois durable, le déboisement accidentel restant visible durant plusieurs années, les avalanches vosgiennes sont rarement spectaculaires. « Ici, il n’y a pas d’avalanches en aérosol, comme on en voit dans les films, explique Florie Giacona. Les pentes ne sont ni assez fortes, ni assez longues. » Les sommets haut-rhinois concentrent évidemment les risques, en particulier le secteur du Hohneck, avec une vingtaine d’avalanches durant l’hiver 2009-2010, sur la cinquantaine recensée au total. Sur les crêtes, la neige forme des corniches qui surplombent les pentes, peuvent se rompre au passage des randonneurs, ou s’effondrer sous l’effet du redoux. Dans certains couloirs, on observe également des avalanches de plaques, provoquées par l’homme.


« J’ai recensé environ 110 victimes au total, dont une petite quarantaine depuis 1999-2000, précise Florie Giacona. Ces chiffres sont à nuancer, puisque, pour la période actuelle, j’ai connaissance de ‘‘victimes’’ qui n’ont pas été blessées et qui n’ont pas fait l’objet de secours, ce qui n’est pas le cas pour les périodes précédentes. » Autrefois, les voyageurs qui passaient d’un côté à l’autre des Vosges, souvent pour des raisons commerciales, étaient les principales victimes des avalanches, ainsi que les habitants des maisons ou marcairies emportées par des coulées. Aujourd’hui, ce sont les pratiquants des sports d’hiver — randonneurs à skis ou en raquettes — qui sont les plus exposés. La neige a ainsi tué en 1973 et en 1984 dans la combe du Schallern, au Gaschney, où le danger a été signalé par des panneaux l’année suivante. Depuis 2000, cinq personnes ont trouvé la mort dans des avalanches en Alsace.


Alors que le ski hors piste prend de plus en plus d’ampleur, le danger est-il suffisamment pris en compte par les randonneurs ? Certains « freeriders » s’amusent à déclencher de petites coulées « pour le fun », le frisson et la frime en vidéo sur internet. Mais mieux vaut ne pas sous-estimer la montagne, même lorsqu’elle est réputée « moyenne »…

 

Olivier Brégeard



 

APPEL À TÉMOINS Florie Giacona lance un appel aux lecteurs de L’Alsace : si vous avez déjà été victime ou observateur d’une avalanche dans les Vosges, récemment ou dans un passé plus lointain, indiquez-lui le lieu, la date et les circonstances, même approximatives, de cet événement, par courrier électronique à l’adresse : florie.giacona@uha.fr