C’est la fin de l’été !! Pour ralentir son envol nous avons été vingt et neuf à mettre le cap sur le septentrion vosgien. Malgré les augures des dieux, nous promettant déluges et bourrasques, ces contrées lointaines ont revêtu leurs plus beaux atours pour fêter notre visite.
Avant de nous plonger dans les majestueuses futaies, nous avons entamé notre voyage par une randonnée souvenir autour des villages de Woerth et de Froeschwiller. Ces deux villages ont marqué le début de la conflagration de 1870, guerre qui a eu une importance considérable dans la reconfiguration de l’Europe et marquera durablement l’âme alsacienne arrachée à la mère patrie. Les innombrables stèles et monuments jalonnent notre parcours et célèbrent la présence et surtout le trépas de quantité de soldats sous les uniformes de la myriade d’anciens états composants la nébuleuse germanique d’avant l’unité allemande. Il est regrettable que la mémoire de ces faits tombe inexorablement dans les limbes de l’oubli.
Après cette mise en jambe (9.5km tout de même), nous employons notre après déjeuner à gravir le point culminant de la région. 581m telle est l’altitude de la cime locale ! Et cela sans compter les 25m de la tour construite par le Club Vosgien après 1890. Le panorama offert depuis le sommet de la tour, qui culmine au-dessus de 600m, est splendide. La plaine et les collines vosgiennes décorent le paysage par-dessus la canopée.
Les 400 m de dénivelé, ascension de la tour incluse, ont sollicité nos réserves d’énergie. Il était temps de rejoindre notre havre pour reconstituer nos forces. L’hôtellerie du couvent d’Oberbronn nous a ouvert ses portes et nous a permis de gouter au calme improbable du lieu ainsi qu’aux saveurs de son restaurant.
Après une nuit de repos et un petit décalage de l’heure de départ pour laisser passer le grain matinal, nous partons de l’hôtel à pied pour une journée de forêts et de châteaux. Une courte rampe, alpine, nous mène au Bueckelstein, belvédère de grès rose dévoilant les toits d’Oberbronn et la campagne alentour. Laissant derrière nous la civilisation nous pénétrons courageusement dans la sylve. Les magnifiques hêtraies parsemées de pins sylvestre, de châtaigniers … entourent notre petit groupe et font oublier la pente longue mais raisonnablement escarpée. Le grand Arnsbourg, dont les ruines sont perchées sur un splendide rocher, veille sur Baerenthal et la Zinsel du nord qui arrose ses pieds. Bien que la ruine, en bien mauvais état, ne soit plus accessible, sa base rocheuse est une merveille géologique qui étale devant nos yeux le livre des millions d’années qui ont précédé notre passage.
Chemin faisant nous croisons la tour du Wasenkoepfel, autre édifice du Club Vosgien, belle mais trop modeste pour nous permettre de voir par-dessus les arbres. Nous continuons notre route vers le château de la Wasenbourg, emblème castrale des Niederbronnois. Perchée à 472m au-dessus de la ville depuis 1275, cette belle architecture a ébloui Goethe lors de son passage dans la région. Le site a été occupé dès l’époque romaine, le Wachfels, rocher de veille, présente quelques vestiges de cette ancienne histoire.
Après une deuxième nuit sage dans l’antre des sœurs rédemptoristines, nous reprenons nos bâtons de pèlerin pour une dernière grimpée vers le château du Lichtenberg à partir d’Ingwiller. Entièrement rénovées avec beaucoup de bonheur, les ruines ont été transformées en musée, théâtre, salle de séminaire… tout en restituant les éléments essentiels de son ancienne vie de citadelle médiévale. Les cours, accueillantes, verdoyantes nimbées de soleil ont été propices à notre pique-nique du jour. Il fut difficile de nous arracher à ces lieux après plus de deux heures de visite et de farniente. Mais deux autres heures bien pleines de marche nous attendaient encore pour retrouver nos coches de retour vers le sud.
Les trois jours de notre sortie ont passé trop vite. 49 km et 1530m de dénivelé cumulé n’ont en rien entamé la bonne humeur, bien au contraire !
Guide et texte : Patrick
Photos : Michèle, Gilles, Cathy, Anne…