Partis à 8 h 45 du parking Dreyfus, en route pour Boden (1112 m), dont personne n’avait jamais entendu parler, nous voilà, 45 minutes plus tard, 15 randonneurs au départ de la randonnée modérée de ce 11 mars 2026.
À travers la forêt communale de Soulzeren, nous nous dirigeons tranquillement vers la Ferme aux Rennes du Schantzwasen. De peur de nous retrouver dans les intempéries sur les crêtes, nous faisons notre pause banane à l’abri situé au-dessus de la ferme.
Quelques pas plus haut, nous passons sous le téléski du Tanet et avons la joie de nous retrouver parmi un petit troupeau de chèvres qui ne semblent pas effrayées par les randonneurs. Le magnifique panorama en contrebas nous laisse découvrir l’auberge du Tanet “Seestaedtlé”, située au-dessus des départs de remontées mécaniques qui ne fonctionnent malheureusement plus depuis l’hiver 2024/2025.
Il est clair qu’en traversant ce domaine skiable, il est devenu impossible d’ouvrir la station : il n’y a tout simplement plus de neige ! Cela est fort dommage pour les amoureux des sports d’hiver. Le réchauffement climatique est évident.
Arrivés sur la crête, au col de Wurzelstein (1270 m), situé dans la réserve naturelle du Frankenthal-Missheimle, la visibilité n’est plus si bonne. Nous sommes dans la grisaille et les plaques de neige gelée obligent certains d’entre nous à chausser les crampons.
Tous concentrés à marcher sur le sentier rocailleux des crêtes, l’allure du groupe est un peu ralentie. Le brouillard recouvrant le sentier et les chaumes du Haut Fourneau n’est cependant pas sans charme.
Arrivés au croisement des sentiers, nous faisons un petit détour jusqu’à la Croix Marchal pour nous recueillir devant la stèle des enfants Marie-Catherine et Jean-Baptiste Marchal, disparus il y a tout juste 182 ans.
En effet, le 11 mars 1844, jour de foire à Munster, une bonne douzaine de « Vêtinés » avaient gravi la montagne pour se rendre à la foire. Parmi eux, Marie-Catherine Marchal, vingt-et-un ans, et son frère Jean-Baptiste, quatorze ans. Le soleil au lever du jour ne laissait pas présager d’un changement de temps radical. Mais le ciel s’assombrit, chassé par un vent violent, et la neige se mit à tomber.
Les deux jeunes gens s’égarèrent dans la montagne et la nuit arriva. On les retrouva étendus côte à côte le 13 avril 1844, après la fonte des neiges. Épargnée par les bombardements qui ont sévi à cet endroit durant les deux guerres, la Croix Marchal porte sur sa face nord deux petites croix de Malte gravées dans la pierre, sous lesquelles on peut lire l’inscription en relief de leur décès.
De retour sur le sentier principal, nous nous arrêtons cette fois devant le panneau consacré au chien de traîneau. Il relate une incroyable histoire de la Première Guerre mondiale. Durant l’hiver rigoureux de 1914-1915, les chutes de neige atteignirent parfois deux mètres.
Le capitaine Louis Moufflet et le lieutenant René Haas, ayant vécu en Alaska avant la guerre, eurent l’idée d’aller chercher des chiens de traîneau afin de les utiliser pour le ravitaillement sur le front des Vosges. Partis de Nome, en Alaska, embarqués à Québec sur un vieux raffiot nommé Poméranien, 436 chiens arrivèrent au Havre le 5 décembre 1915 après un périple incroyable, à la fois maritime et ferroviaire.
Le 15 décembre 1915, ils furent répartis avec leurs nouveaux maîtres en deux sections : l’une à la ferme du Tanet, l’autre à celle du Hahnenbrunnen. Ces chiens d’attelage, insensibles au froid et faciles à nourrir, se révélèrent indispensables pour le ravitaillement des tranchées. Baptisé New Alaska, le camp du Tanet reçut la visite du roi d’Italie, du président Poincaré et de Georges Clemenceau.
À la fin de la guerre, les 200 chiens survivants furent confiés aux soldats avec lesquels ils avaient partagé les horreurs du conflit.
Après cette parenthèse historique, nous accédons au sommet du Tanet, à 1292 m d’altitude, toujours sous une épaisse couche de nuages. Mais ce n’est pas grave… Une petite fenêtre s’ouvre néanmoins vers la vallée.
Avant d’accéder à la réserve naturelle nationale du Tanet-Gazon du Faing, nous déambulons sur un tapis de feuilles rousses, bordé de magnifiques arbres recouverts de mousse, dans la forêt communale de Soulzeren, avant d’arriver au lieu-dit Dreieck (1230 m), menant à la route des Crêtes toujours un peu prise sous la neige et la glace.
À ce stade, il ne nous reste plus que quatorze minutes de marche avant de nous poser bien à notre aise au chalet Erichson (1163 m) pour la pause déjeuner.
La descente panoramique vers le lac Vert s’offre alors à nos regards, et c’est toujours un bonheur de se sentir libre dans cet espace.
Après avoir marqué l’arrêt à la petite cascade, nous voilà au barrage (1059 m) du lac. L’auberge du Seestaedtlé n’est plus très loin, mais il faut encore une dizaine de minutes de marche en montée pour l’atteindre.
Nous poursuivons finalement notre chemin par un très beau sentier de descente qui nous ramène tranquillement à Boden, terme de cette belle randonnée de mars.