En cette période de l’année, les petites reines peuplent les ondes et les rêves de certains nostalgiques de l’effort solitaire sous les dards perçants de l’astre du jour. C’est ainsi qu’est née cette randonnée sur des pentes universellement réputées qui ont vu souffrir les meilleurs cavaliers sur bicycle.
Auxelles-Haut fut notre rampe de lancement. Cette petite commune de montagne du territoire de Belfort jouxte la Haute Saône, domine la Trouée de Belfort et se blottit sous une ligne de crête culminant à plus de mille mètres d’altitude. Ses habitants, les quichelots, nous ont accueillis après une équipée automobile de plus d’une heure en partie sur les petites routes du sud de notre massif vosgien.
L’ascension vers la planche a été une longue promenade forestière sous la canopée d’essences variées amenant une fraicheur parfaite pour nos vingt sept marcheurs. La montagne est percée de très nombreuses galeries d’anciennes mines du XIVème siècle. Une population venue du Tyrol et de Saxe s’est installée dans ce fond de vallon pour rechercher et extraire plomb, argent et cuivre. Les terrains instables et gorgés d’eau ont rendu l’exploitation particulièrement délicate mais a tout de même perduré jusqu’au XVIIIème siècle et l’épuisement des filons les plus rentables. La géologie locale n’étant pas le thème principal de la sortie, nous reviendrons à une autre occasion pour nous émerveiller du travail colossal de nos ancêtres fouilleurs de galerie souterraines.
Au mitan de la journée, l’étang des Belles Filles nous dévoile splendeur et calme en nous offrant ses berges pour notre pause déjeuner sur l’herbe. Ce beau bassin ombragé tient son nom, peut-être, des filles d’Auxelles qui, en 1635, pour échapper aux traitements peu enviables des soudards suédois ont fuit leur village et ont préféré mourir sous son miroir. Il est dit, dans les annales locales, que l’une des filles, avant son trépas, aurait croisé le regard du capitaine de la troupe et que la foudre aurait instantanément irradié les deux cœurs. Las, les mercenaires n’ont retiré de l’onde que le corps sans vie de la belle. De dépit, le soldat éconduit, tira son épée et fendit un rocher encore visible connu sous le nom de Roche fendue. Il est possible, aussi, que le nom vienne de fagus, hêtre en latin, qui a donné fahy puis belfahy puis belles filles mais cette option manque de charmes qui ne sont d’ailleurs pas présents alentour !
Après l’étang, il nous reste à gravir quelques escarpements pour atteindre la route convoitée par les adeptes du vélocipède. Nous longeons d’abord différentes parties du chemin de croix des meilleurs avant d’emprunter nous-même, à pied, les derniers hectomètres de cette grimpée dantesque. Vingt-quatre pourcents de pente dans un ultime effort ! Inhumain ! Debout au milieu de la route, notre nez touche presque l’asphalte !!
Sportivement six étapes du tour de France ont visé cette ligne d’arrivée : 2012, 2014, 2017, 2019, 2020, 2022. A plusieurs reprises, l’étape fut décisive pour la victoire finale.
Au sommet le panorama est sublime. Nous dominons le Territoire de Belfort, la Haute Saône, les Vosges et le Haut-Rhin. Le Ballon d’Alsace parade en face, le Grand Ballon un peu plus loin. La grande crête occupe l’horizon. A l’est par beau temps, le Jura et les Alpes complètent le tableau.
Nous avons rencontré quelques difficultés à nous décrocher de ce paradis terrestre pour entamer le retour. La descente a encore été émaillée de nombreuses échappées vers l’est et le sud nous faisant comprendre la géographie de cette belle région.
Guide et texte : Patrick
Photos : Nadine, Philippe et Blanche.