Treize randonneurs/euses se sont donnés RDV dans la vallée de La Bruche, commune de Schirmeck, au lieu-dit Wakenback. Pour cette journée nous n’avons pas imploré Tlaloc, la divinité aztèque de la pluie, des orages et de la fertilité. Nous avons donc été épargnés par les précipitations !
La rivière La Bruche, d'une longueur de 77 km, prend sa source dans la commune de Urbeis et se jette dans l'Ill à Strasbourg, après avoir traversé 37 communes. La commune de Schirmeck, s'étend sur 1 142 hectares, du Col entre les Deux Donon à la Bruche. La population était de 2056Hab en 2023.
Les diverses étapes de cette randonnée d’environ 20Km nous ont permis d’aborder trois sujets différents.
1er sujet au Grand Donon : Ce nom Donon proviendrait de Dun, nom gaulois signifiant “Montagne ” ou de Dunos, qui signifierait " enceinte fortifiée ". En 1172 il porte le nom de “Ferratus Mons ” et ne prend le vocable Donon qu'en 1436.
Le Donon a été utilisé dès le néolithique (Le Néolithique correspond à une époque des temps préhistoriques que l'on situe aujourd'hui pour l'Europe entre — 6 000 et — 3 000 mais qui a des chronologies variables selon les autres continents ; âge de la pierre et du bronze) plutôt comme un «refuge» temporaire que comme un habitat permanent, dès le IIIe millénaire av. J.-C. Des haches et marteaux de pierre polie ont été découverts, notamment lors de travaux forestiers.
La montagne «sacrée» et le sanctuaire ?
- Cette montagne fut l'objet d’un lieu de culte essentiellement au IIe et IIIe siècle, époque gallo-romaine. L'essentiel du matériel (bâtiments, sculptures) date de cette époque, la Protohistoire. C’est une période de l'histoire intermédiaire, entre la Préhistoire et l'Histoire, qui commence à l'âge des métaux et se termine avec l'apparition de l'écriture (3ème au 1er millénaire avant J.-C.)
- Le sanctuaire : Aux époques celtes (entre 1800 et 1200 avant JC) puis gallo-romaines, (52 av. J.-C. à 486) plusieurs cultes y furent successivement célébrés : Teutatès, Mercure.
- Comme en d'autres lieux, les populations du Moyen Âge se regroupaient, en dépit de la christianisation, pour se livrer à des cultes et des pratiques (vénération de rochers, de source, travestissements des hommes et des femmes en cerfs et en biches, etc.), ce qui était en contradiction avec la nouvelle religion que répandaient les moines des nombreuses abbayes s'installant dans la région en ayant pour but l'évangélisation des populations régionales.
Ce sont les frères Hyacinthus Alliot, abbé de Moyenmoutier et Petrus Alliot, abbé de Senones qui découvrirent au XVIIIème siècle les vestiges des temples. Ils entreprirent les premières fouilles. Depuis, de nombreuses fouilles archéologiques furent effectuées, la dernière campagne remontant de 1934 à 1938.
En 1869, le docteur Bédel de Schirmeck lance une souscription et fait bâtir le temple à 12 colonnes visible aujourd'hui sur la plate-forme sommitale. Le temple de mercure au sommet du Donon est un pastiche, une réplique désirée et construite par Napoléon III, et qui devait initialement servir de musée. Malheureusement aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose à contempler de l’ancienne splendeur. Il ne reste plus que les tracés de trois temples, une citerne de pluie pré romaine, le jalon et un relief à admirer. Une circonscription de Jupiter et des représentations de stèles votives sont également visibles. Quant aux originaux, on peut les admirer aux musées de Strasbourg ou d’Epinal.
2ème sujet : Le sentier des stèles, suite aux deux derniers conflits franco-allemands :
Le secteur «des Donon» est à la jonction des provinces alsacienne et lorraine et de quatre départements. Lors de la défaite de 1870, le Petit Donon, comme les autres sommets environnants, a subi le sort des départements annexés (traité de Versailles et traité de Francfort). Il s'est retrouvé dans le Reichsland. La frontière se situait au niveau du Col du Donon.
Le versant ouest du Petit Donon est parcouru par un sentier accidenté le long duquel on peut voir çà et là des rochers de grès rouge marqués d’inscriptions allemandes en lettres gothiques, qui correspondent à des stèles érigées en plein conflit en l’honneur de soldats allemands et français morts à la bataille.
Le secteur du Col du Donon à la Stèle des Fusillés, d’environ trois Km, est parsemé de tranchées, d’abris souterrains, de Blockhaus et d’abris de pièces d’artillerie. Ces abris et constructions d'artillerie datent de la période 1914-1916 et sont l’œuvre des allemands.
Ce parcours s’est terminé à la Stèle des fusillés où des résistants ont été fusillés par la gestapo en 1944.
3ème sujet : Les mines et le musée minéralogique au lieu-dit « Les Minières » à Grandfontaine.
Le site est niché au pied de la montagne sacrée du Donon dans la Vallée de la Bruche. Il fut pendant près de 700 ans le plus riche gisement de fer du massif vosgien. Réaménagée par la commune en 1981, la mine de Grandfontaine propose au public un extraordinaire retour dans le monde minier des années 1800 à 1860. On y découvre près de 800 m de galeries spacieuses aux murs couverts de concrétions en néoformation de sulfate de cuivre (bleu) et en hydroxyde de fer sous forme de stalactites brun-rouille. Travaillées à l'explosif, de grandes cavités inférieures permettent de se rendre compte de l'énorme quantité de minerai extrait (hématite et pyrite). D'anciens puits inondés sont encore visibles et donnaient accès aux six étages inférieurs aujourd'hui inaccessibles
Le site a été exploité jusqu’au 19èmes, 70 minéraux ont été répertoriés. Ces minerais ont permis de développer d’autres métiers pour l’extraction des minerais et en aval pour les métiers de la sidérurgie.
La randonnée terminée, il n’a pas été nécessaire d’implorer Tlaloc pour être rejoints par la pluie !!
Texte : Guy ; Photos : Philippe