Nous nous sommes retrouvés (16 personnes) à la Gauchmatt, lieu de départ de la randonnée puis, en compagnie de notre guide Patrick Meyer, nous avons cheminé sur les sentiers ombragés de la forêt jusqu’au couvent de Schhwartzenthann. Là, vers midi, à l’ombre des arbres, nous avons tiré le repas du sac.
Après déjeuner, Richard Fillinger, membre de l’association «les Amis de Schwartzenthann» nous a, parmi les ruines du couvent, commenté l’historique de ce lieu.
Perché au-dessus de Wintzfelden, dans le Haut-Rhin, le couvent de Schwartzenthann naît en 1117 lorsque des sœurs augustines quittent l’abbaye de Marbach pour s’installer dans un vallon paisible. Pendant près de deux siècles, le lieu prospère et devient même un petit centre culturel où l’on copie et illustre de précieux manuscrits, dont le célèbre Codex Guta-Sintram en 1154.
À sa création au XIIᵉ siècle, le couvent de Schwartzenthann était un petit ensemble monastique organisé autour d'une église romane. Il comprenait également les bâtiments indispensables à la vie quotidienne des religieuses : un cloître, un dortoir, un réfectoire (salle des repas), une cuisine, un scriptum (atelier de copie de manuscrits) et des dépendances agricoles. Entouré de jardins et de terres cultivées, le couvent formait une petite communauté autonome, vivant de la prière, du travail et de l'exploitation de son domaine qui était assez grand.
Aujourd'hui, les ruines visibles permettent encore d'imaginer l'organisation simple et harmonieuse de ce monastère médiéval niché au cœur du vallon de Schwartzenthann.
Mais la tranquillité ne dure pas : guerres, pillages et révoltes secouent la région. L’Alsace, à cette époque, dépend du Saint-empire romain germanique. Le couvent est dévasté en 1298, puis à nouveau lors de la guerre des Paysans en 1525. Les dernières religieuses quittent finalement les lieux en 1531.
Abandonnées, les ruines servent longtemps de carrière de pierres aux habitants. Un document laisse entendre que les pierres du couvent auraient servi à construire la prison Ensisheim.
Puis, surprise ! En 1969, des enfants du village (dont Richard fait partie) redécouvrent les vestiges enfouis sous la végétation. Grâce à eux, le site retrouve une nouvelle vie et raconte aujourd’hui près de 900 ans d’histoire alsacienne aux promeneurs curieux.
Parfois, les plus grands trésors de notre patrimoine attendent simplement d’être redécouverts !
Les chanoinesses de ce couvent étaient originaires de moyenne et petite noblesse certaines étant plus instruites que d’autres. L’une d’entre elles, Guta, reste célèbre puisque c’est elle qui est à l’origine du Codex Guta-Sintram.
Richard nous montre alors ce Codex Guta-Sintram (livre en parchemin formé de feuilles pliées et couvert de reliures) réalisé en 1154 par la chanoinesse Guta de Schwartzenthann et enluminé par Sintram de Marbach. Il contient environ 230 miniatures et lettres ornées, typiques de l’art roman alsacien.
La miniature la plus célèbre de cet ouvrage, montre La vierge Marie au centre, Sintram à gauche (l’enlumineur) et Guta à droite (la copiste et rédactrice de l’ouvrage).
Le manuscrit contient aussi un calendrier illustré dit aussi «coutumier» avec des conseils médicaux ce qui montre le lien entre spiritualité et médecines (phytothérapie, aromathérapie). On retrouve aussi la description des tâches quotidiennes ainsi que les noms des personnalités décédées (souvent des religieux ou des donateurs).
Dans un couvent comme celui-là, les religieuses cultivaient un jardin de simples. Les plantes servaient à fabriquer des pigments pour les manuscrits, à produire des parfums liturgiques, à aromatiser la nourriture et à préparer des onguents et décoctions pour soigner les religieuses, les paysans ou les voyageurs.
Ce qui rend unique Schwartzenrhann c’est :
- Un centre intellectuel féminin au XII ème siècle ce qui est exceptionnel.
- La création du Codex Guta-Cintram, chef d’œuvre de l’enluminure romane.
- Un exemple de culture monastique mêlant spiritualité, médecine et savoir artistique.
Après toutes ces explications, nous sommes alors redescendus vers la Gauchmatt après nous être arrêtés à l’église de Wintzfelden pour découvrir un des sarcophages trouvés à Schwartzenthann.
Un grand merci à Richard Fillinger de nous avoir conté l’histoire de ce haut lieu alsacien et d’avoir ainsi enrichi notre savoir et notre culture.
/image%2F0860301%2F20220329%2Fob_df09d9_logo-club-vosgien.png)
/image%2F0860301%2F20260624%2Fob_fc10bd_telecharger.jpg)
/image%2F0860301%2F20260624%2Fob_21d6c1_1.jpeg)
/image%2F0860301%2F20260624%2Fob_db40a6_2.jpeg)
/image%2F0860301%2F20260624%2Fob_c3b3a5_3.jpeg)